30 octobre 2005

J'irai bien au marché aux chiens

Dimanche matin ensoleillé. Je me suis réveillée tôt, nous avons gagné une heure. Tout le monde semble dormir encore, et moi j'ai envie de profiter pleinement de cette journée.

Quand j'étais lyonnaise, je faisais des pieds et des mains pour aller au Marché aux Chiens place Carnot, à côté de la gare des Brotteaux. Cette grande place se transformait tous les dimanches matin en marché alimentaire mais aussi, dans un coin, en lieu de vente d'animaux domestiques. Des éleveurs et particuliers louaient un emplacement et exposaient, dans le coffre de leur voiture, une portée de chiots ou de chatons. L'ambiance était sympa. J'adore cet univers de l'élevage. Des races diverses étaient présentes, et la surprise des nouveaux exposants attisait ma curiosité chaque semaine.

Alors bien souvent il fallait ruser pour réussir à traîner mes parents sur place. J'espérais à chaque fois qu'ils m'offrent un chiot. Je rêvais tellement d'avoir un chien comme animal domestique. J'en avais tellement besoin.. Je n'étais pas une enfant capricieuse, mais ce désir-là ne m'a pas quitté de toute mon enfance, mon adolescence, et même après d'ailleurs ! Mon rêve, il a fallu d'atteindre mon indépendance pour le réaliser, malheureusement.

Je proposais d'aller acheter des pommes au marché alimentaire, ou de faire un tour chez les bouquinistes ou au marché de la Création, non loin de là. J'aurais tant aimé que la promenade dominicale soit associée à la sortie du chien. A la fin, je me souviens y aller bien souvent seule. Mais quelles que soient les stratagèmes, plus ou moins aboutis, employés pour y aller, j'allais bien souvent le dimanche matin au marché aux chiens.

Ce marché m'apportait beaucoup de frustrations, certes, mais des rêves aussi. Je me voyais revenir avec un chien braque de Weimar, ou bien un Cavalier King Charles, ou alors un Siberian Husky, voire même un Basset Hound. Chaque chien, chaque race avait son charme, à mes yeux. Une caresse, un regard qui se croisait avec un chiot et ça y est, je voulais l'adopter.

Un jour, j'y suis allée avec mes parents. L'idée de prendre un chaton était évoquée à la maison. Mais j'avoue que je n'y croyais qu'à moitié. Un chaton chartreux d'une amie d'une amie nous était passé sous le nez. Après, mon père mettait de grands bémoles à adopter un chat Mao à la SPA. Donc, j'attendais leur dernier prétexte pour me priver d'animaux. S'il y avait un point sur lequel mes parents accordaient leurs violons, c'était bien celui-là : "pas de chien à la maison. tu feras ce que tu veux quand tu seras chez toi !" (sous-entendant par ailleurs que là, je n'étais pas chez moi..). Ce dimanche-là, il n'y avait pas beaucoup d'exposant mais beaucoup de personnes venues voir ou adopter les animaux. Je me souviens, qu'alors que je harpentais les allées, que je tentais de me faufiler devant un coffre de voiture, espérant caresser furtivement quelque chiot, maman s'était arrêtée net. Je n'y croyais pas. Négociations à bas mots avec mon père et l'éleveuse. J'étais étonnée, interdite. Que se passait-il ? Je jetais tout de même un coup d'oeil à ce coffre dans lequel se mouvaient de gros chaton persans noirs. Magnifiques, ces chats m'apportaient une vision presque féérique. Je n'avais jamais vu de tels chats. Maman, elle avait tout de suite découvert Macha : petite chatte grise, perdue et intimidée au milieu de ses frères chahuteurs. L'éleveuse lui proposa de la prendre dans ses bras, et j'ai vu maman émerveillée, tenant ce chaton appeuré, telle une figurine de porcelaine. Nous sommes repartis, ce matin-là, à la maison avec ce chaton que maman tenait à appeler Chanel.

Cette chatte douce et subtile a illuminé la maison durant plusieurs années. Confidente, soutien, elle était une béquille, une possibilité pour moi de transmettre et de recevoir de l'affection.
Je me souviens du rituel du matin. Je prenais mon petit déjeuner systématiquement seule. Assise à table dans la cuisine, Chanel se mettait à chaque fois sur les genoux, rouronnait inlassablement, et je finissais mon repas par lui donner un peu de beurre ou de carré frais qu'elle pouvait déguster au bout du couteau à bout rond.

J'ai continué malgré tout à aller au marché aux chiens, chaque dimanche, quel que soit mon âge. J'avais tellement besoin de cette présence animale, de ce refuge que je me faisais de croire et de rêver qu'un jour, j'aurai la possibilité de décider par moi-même de prendre un chiot ou un chaton, de laisser faire le hasard d'une rencontre avec un animal.

Je n'habite plus Lyon, et je ne vais plus au Marché aux Chiens. Le dimanche matin, je peux prendre mon temps et beaucoup de plaisir à promener Monsieur Chien. Mais en ce dimanche ensoleillé, j'irais bien avec celui qui roupille dans son panier non loin de moi, faire un tour place Carnot et laisser faire le hasard d'une rencontre avec un chiot ou un chaton que je ramènerais, dans mes bras, un grand sourire aux lèvres.

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Posté par Miss Line à 09:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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