29 mai 2009
Un trekking dans les nuages
Je me souviens de notre conversation sur le mariage : nous n’étions pas franchement d’accord et même si j’ai eu du mal à en placer une, j’ai vraiment aimé son engouement toujours intact.
Je me souviens de ces parties de tarot que l’on faisait en famille après un très bon repas concocté par sa femme et la soufflante que je me suis prise un jour, m’étant fait soufflé le « petit » à la dernière minute. J’ai cru ce jour-là qu’il allait me fusiller ... pour une partie de cartes !
Je me souviens de ces soirées à regarder des Tex Avery en V.O. avec lui et mes cousins et être impressionnée par sa capacité à manger par un, par deux mais tout le paquet d’esquimaux et garder sa ligne d’athlète.
Je me souviens d’avoir eu peur lorsqu’il partait en trekking à l’autre bout de la planète avec ses béquilles et qu’il rentrait, comblé, en disant que oui, à 3600m, là c’était « un peu » difficile.
Je me souviens de ses soirées interminables à regarder les milliers de diapos qu’il prenait lors de ses voyages. Qu’est-ce que c’était beau mais qu’est-ce que c’était long aussi !
Je me souviens qu’il a toujours été respectueux de la nature même s’il travaillait pour ses usines qui font du nucléaire caca boudin.
Je me souviens de sa capacité à faire le clown pour faire rire ses enfants. IL pouvait être plus immature que nous les gamins, quand il voulait.
Je me souviens des fois où il simulait de pleurer comme une madeleine pour se moquer de ma petite sœur qui chouinait dans les jupes de sa mère. C’était radical pour la vexer et la faire taire !
Je me souviens de ce mail que je lui avais envoyé sur les répressions au Tibet et de sa réponse qui m’a ébloui sur les connaissances qu’il avait acquises sur cette partie du monde.
Je me souviens de cette capacité exceptionnelle de se relever à chaque fois que la maladie tentait de le clouer au lit.
Je me souviens qu’il revendiquait au et fort que l’important, c’était le bonheur, envers et contre tout, et qu’il a raison.
Aujourd’hui je le pleure mais il est quand même un de mes super héros parce qu’en me souvenant de lui, je retrouve déjà le sourire.
Salut Tonton, je suis sûre que t’as déjà repris le sac à dos et l’appareil photo pour un trekking dans les nuages. Bonne route !
14 mai 2009
Good vibes
La ronde des hôpitaux suit son cours.
Le lardon et moi commençons à être familiers de cet hôpital parisien dédié aux enfants. Bon, certes, on a failli se perdre mardi non loin de la morgue mais j’ai très vite rebroussé chemin.
J’apprends à me méfier de ce qui est écrit parfois (des conclusions médicales contradictoires, des convocations à des rendez-vous fantômes) et m’accroche pour tenter d’avancer d’examen en examen, de consultation en consultation vers cette opération qui se prépare peut-être bientôt.
Heureusement que mon Lardon ne souffre pas. Il va bien. Il grandit, change, m’émerveille et fait râler la nounou de la crèche qui le trouve limite capricieux (pauv’ conne !).
Je pensais que je finirais pas tomber. Non. Je vascille souvent. Je doute beaucoup de moi. Mais je tiens debout. D’ici quelques temps, j’espère pouvoir être fière de moi. Et en même temps, c’est tellement normal.
Mon chéri, le Grand, l’amour de ma vie, aussi est parti un jour aux urgences. Des douleurs insupportables. Une « grande urgence », comme ils disent à l’hôpital. Il a fallu faire vite, efficace.
Ils m’ont aussi fait peur. Très peur.
J’ai eu des nuits seule dans mon lit à me demander quand il reviendrait se coller contre moi en dormant.
Il est revenu. Je peux de nouveau blottir mes pieds glacés sous la couette contre lui. C’est si bon.
Le planning des semaines à venir commence à se définir. Il y aura sûrement encore beaucoup d’heure à passer dans des salles d’attentes, sûrement à l’hôpital aussi. Moi qui voulais profiter des beaux jours pour planter des jolies fleurs sur mon balcon et peindre des meubles pour les enfants, je mets ces projets en suspends. Peut-être aurais-je le temps, l’envie. Peut-être pas. On verra.
Hier soir j’ai apprécié de promener Monsieur Chien tranquillement dans les rues calmes après l’orage de ma banlieue rouge. Les couleurs, les odeurs semblaient exploser après avoir été anéanties par cet orage.
J’ai aperçu des jeunes gens danser dans une salle des fêtes hier soir en promenant Monsieur Chien. Tous des blacks, ils faisaient vibrer leurs corps habillés de mille couleurs sur des musiques enivrantes créoles. Ils m’ont donné envie. J’ai retrouvé un instant le sourire grâce à eux. L’envie de danser.
04 mai 2009
Le bonheur est fragile
C’étai il y a plus d’une semaine maintenant.
Il faisait beau. Nous étions tous les trois, mon grand chéri, mon petit chéri et moi à nous demander comment profiter de ce beau week-end. Je me sentais heureuse et amoureuse. Cela m’entraînait à espérer pouvoir surmonter cette foutue fatigue qui m’habite depuis quelques temps.
Le lardon nous a épaté tout d’un coup en insérant les syllabes à son babillage habituel et mon amour prévoyait encore une fois de m’épater avec ses bons petits plats.
Promis, on irait faire des courses pour remplir le frigo !
Et puis voilà. Coup de fil du laboratoire : « votre fils à une infection urinaire, il faut vite prévenir votre médecin ! ».
Pas le temps de réaliser que mon médecin m’appelle lui aussi dans la foulée : « il faut partir aux urgences, vous ne trouverez personnes sur un week-end en ville pour le soigner ».
Mince. Il semble aller si bien mon Lardon pourtant. La fièvre était tombée la veille au soir. Nous décidons quand même de sacrifier notre déjeuner et fonçons à l’hôpital, n’imaginant pas une seconde le marathon que nous allions vivre.
Durant quatre jours, nous avons connu l’intensité des urgences. J’ai été hors du monde durant ces quatre jours. L’attente d’abord. Des heures interminables. Les nerfs qui lâchent bien sûr. Le confort des enfants. Difficile à canaliser mais mon petit amour m’a démontré une fois de plus sa tranquillité et sa patience. Je suis admirative et fière. L’angoisse et la douleur. Comment
La confrontation au corps médical ensuite. J’ai horreur des hôpitaux et pourtant je me suis sentie en sécurité, j’ai appris à faire confiance à une équipe formidable qui malgré son manque de disponibilité flagrant a pris réellement en considération la maladie de l’enfant mais aussi tout son être et de ses parents.
La solidarité entre parents enfin dans la détresse et l’attente. Les hôpitaux me glacent et pourtant des échanges de paroles simples mais essentielles m’ont aidées à tenir. De grands moments d’humanité.
Durant quatre jours, j’ai vécu des moments intenses, difficiles mais enrichissants.
Puis c’est au tour de mon grand amour de fléchir. Cloué au lit, j’ai croisé un être plus zombie que moi encore. Et nous n’avons fait que nous croiser ces derniers jours, parce qu’il m’a fallu reprendre le chemin du travail, en plus d’assurer tout le reste. Je n’ose imaginer quand m’occuper de moi. Ca viendra ...
Mon petit Asticot lui a repris le sourire : il m’impressionne de tous les progrès qu’il me fait découvrir chaque jour. Son papa lui fait découvrir plein de choses et leur complicité m’émerveille. Le soleil est revenu et je vais déjà rempoter mes plants de tomates. Bientôt la maison sera de nouveau emplit de joie, d’amis, de famille et d’amour.
Il va falloir quand même remplir ce frigo et, j’espère ce week-end, retrouver cet équilibre si fragile qu’on appelle bonheur.



