De quoi sera fait demain ?

Humeurs, états d'esprit, journal de bord d'une Miss bien trop souvent On Line ... quoi que, je m'améliore !

21 septembre 2005

Manitoucool et les autres

D'abord, je tenais à vous rassurer : le moral remonte. Aujourd'hui, il y avait du soleil chez Miss Line. Grâce à vous, votre amitié, votre présence et vos mots chaleureux mais aussi -et surtout- grâce à Manitoucool.

Manitoucool, c'est mon chef, mon boss, mon patron, mon supérieur hiérarchique, mon leader, mon responsable, mon manager, et pour rien au monde je n'échangerais ma place. Vous êtes prévenus, ma place, j'y tiens, j'aime mon travail et ça tient beaucoup à la présence de Manitoucool.

Parce que j'en ai vu des chefs, de toutes les couleurs, de tous les styles. Ah, l'art du management ! C'est pas évident. Chacun y va de sa méthode, plus ou moins conscientisée. Mais ayant fait tellement d'entreprises en si peu d'années, je pourrai faire une étude sociologique de cette caste à part.

Passons les emplois saisonniers et les boulots d'étudiants. Lamentable pour la plupart. J'en ai même eu une qui s'appelait "madame Fouet", qui n'était que la secrétaire de la cafétaria où je travaillais, mais comme elle fricotait avec le patron, elle se permettait de jouer les petit tyran. L'âme syndicaliste que je doit avoir lui a rendu la vie dure. Et j'ai réussi, en deux mois de temps à créer une vraie révolte auprès de mes collègues qui subissaient cette furie toute l'année.

Puis, mon premier emploi, à la World Company. Il a fallu me battre lors d'entretiens pour obtenir ce poste. Et puis, j'ai été prise, surprise. Allez ouste, Miss Line : welcome to Paris ! J'arrive donc, naïve, pas tout à fait finie (et ce n'est pas le cas encore, je vous rassure). Et comme me disait ma chef de l'époque "très maléable" professionnellement. Normal, c'est ma vraie première expérience. Et l'ambiance est particulière à la World Company. Ils ont l'art de formater les gens. Très rapidement, ma chef devient, par sa volonté "Tatie Françoise". Elle a l'âge de ma mère, et n'a jamais eu d'enfant en proclamant qu'elle était carriériste et n'en désirait pas. Sauf qu'elle a fait un beau transfert : je suis devenue, dans un sens sa "fille". D'ailleurs, j'ai eu le droit clairement aux propos "je suis ta deuxième maman", moi, lui rappelant que j'en ai déjà une, merci ! Et elle s'immisce dans ma vie privée, et les heures sup' débordent, on se voit à l'extérieur mais c'est encore pour parler travail. Elle sait que je suis seule, et en abuse. Elle joue sur les promesses de CDI. Et puis on continue à se voir quand mon contrat s'arrête. On a passé de bons moments quand même, aller au Salon de la voyance au lieu du Forum de la GED sur les heures de boulot, les soirées champagne à gogo et autres séminaires/beuveries, lles réunions d'équipes où les idées fusaient à gogo, les challenges professionnels que l'on se donnait, l'émulation, l'apprentissage du relationnel le plus tordu professionnellement.

Il y a eu Cocotte et compagnie, dans l'Entreprise propre. Cocotte a toujours refusé de "faire la chef" avec moi. C'était au-delà du boulot. Intelligente, Cocotte. Juste un passage dans ma vie qui m'a permis de rencontrer une amie (tiens, la deuxième, parce qu'à la World Company, aussi, je me suis fait une vraie amie). Et la chef, qui était en congé maternité est revenue. Je devais partir. Le peu de temps qu'on a passé dans le même bureau était épidermique : on ne pouvait pas s'entendre. Ciao MPC !

J'ai fait aussi des boulots alimentaires. Le plus marquant, c'était chez les Arnaqueurs qui font vivre Julien Courbet. Non seulement le travail était humiliant (j'étais cloîtrée dans une pièce ajournée à ouvrir du courrier et à le scanner), mais la chef, était exceptionnelle. Déjà, le premier jour, elle m'appelle "pépète"... Ah ? On va se calmer, non. Comme elle adorait son statut de supérieur, elle a arrêté de m'appeler "Pépète" le jour où je l'ai moi-même appelée comme ça. Non, mais ! Et je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi vulgaire que cette personne. Un festival. De plus, elle a dû lire les manuels de management du siècle dernier. Il fallait venir dans son bureau s'excuser et se prendre un savon quand on avait deux minutes de retard le matin. Rendement, rendement et rendement. Elle passait devant mon bocal, fouillait dans mon sac à main et comptait le nombre de fois où j'allais aux toilettes (un bon refuge au passage !). Moi, j'ai du mal avec ça. Je suis rentrée dans le lard plus d'une fois. Et ai abusé de nos différences intellectuelles. Mauvaise, la Miss Line quand elle veut ! J'ai voulu partir plus d'une fois. Et un jour, c'est arrivé. Soulagement.

J'ai passé huit heures dans une autre entreprise. Un grand groupe qui allie luxe et alcool. Près de chez moi, bonne paie et possibilité de CDI. Sur le papier, idéal. J'arrive, avec une sciatique, certes. Mon bureau est en face d'une vieille femme, la chef aussi. Je n'imaginais pas qu'on pouvait encore travailler à cet âge-là. J'observe. Elle non plus, comme tant d'autres, ne fait pas l'effort de m'accueillir. Je la voit se plaindre à longueur de journée. Je m'imagine : au secours, je ne veux pas finir comme ça !!! Elle ne m'explique rien. Sauf l'importance d'une impression à faire chaque matin. Bon ça va, je sais imprimer quand même. Cette saleté a éteind l'imprimante (je l'ai vu) pour me pourrir l'impression. Je lui dis. Elle nie. Je me barre. Le travail le plus court de l'humanité !

Il y a eu aussi les missions dont celle, l'hiver dernier, dans le coffre de Picsou. Remplir un tableau excel pendant un mois. Je vais devenir chèvre. Je glande toute la journée. Ca m'énerve. Ce qui me fait tenir, c'est la brièveté de la mission, les papotages avec tout le monde et surtout la paie : j'en ai marqué des heures sup', bien évidemment non faites. J'ai "séché" comme une adolescente à longueur de temps. Et le dernier jour, j'étais tellement transparente que mon compte m'est retiré. Bon, c'est pas que, mais je voudrais juste terminer ce foutu tableau. Je vais voir mon chef. Frappe à la porte de son bureau. "Bonjour Monsieur Machin. Euh, bonjour, comment vous appelez-vous au fait ?" Cidérée ! Je pars avant midi, fait signé dix heures de boulots dans la journée et n'ai jamais rendu ce tableau excel.

Eh oh, y'a quelqu'un de normal dans le monde du travail ?

Parce que je n'ai pas fait le tour, ni évoqué les personnes que j'ai croisées lors d'entretiens : les futures copines qui ne retiennent pas ma candidature, les costard-cravatte qui "connaissent du monde", un général de l'Armée (là, je suis partie en courant, au secours : il voulait m'embarquer dans les Balkans ou en Côte d'Ivoire..euh, non merci !), des québécois qui me parlent en anglais, des psychologues de bas étage, les "on garde nos distances, ma petite", ceux qui me demandent d'aligner des cubes, de faire des tests de Cosmo ou de résoudre une suite de chiffres... Les jeunes fashion victims qui work dans la pub au fin fond du Marais, les mères à collier à perles et fond de teint à outrance. Les jeunes et gentilles, les vieux et lubriques...

Et là, l'Usine à Gaz. Un lifté tout bronzé me reçoit. Son discours m'intrigue. Déjà, le fait d'attérir là m'intrigue. Il joue les coach. Je balance deux ou trois phrases intelligentes, je suis présentée à plusieurs personnes. Je ne cherche pas à comprendre : soit je ne les revois plus, soit j'aurai l'occasion de leur demander de nouveau au calme. Et je dois voir Manitoucool, qui sera celui par qui le couperet passera. On me prévient, il n'est pas commode. Ca met en confiance tout de suite.
Et puis je croise enfin quelqu'un qui à l'air humain. Qui sait ce qu'il veut. Et qui ne tourne pas autour du pot. Je peux enfin parler normalement. Je n'ai pas envie de mettre de fard. Je m'en fous de toutes façons. Je ne suis plus à un entretien près. Ce dont je me souviens, c'est quand, le nez dans ses papiers, il m'a dit de but en blanc "do you speak english ?". C'était attendrissant. Yes of course ! Si c'est que ça, moi je vais speaker English, faut bien se lancer.

Et puis le lendemain, je prends place à mon bureau. Manitoucool apparaît. Speed mais speed. "Tu cliques là, puis là, et encore là. Ah oui mais avant faut faire ça, et surtout ne pas oublier de procéder comme ça"... Au secours !!!! C'est où la touche "ralenti" ? Bon, c'est quitte ou double. Je sais que je peux dégager vite fait bien fait. C'est la règle du jeu.
Sauf que pourquoi, comment, je ne sais pas, mais j'ai voulu m'accrocher. Non mais, j'ai un poil d'orgueil et d'opiniâtreté.
Et puis Manitou me met tout de suite à l'aise.
Et puis Manitou, il m'offre les trois choses indispensables pour me laisser m'épanouir au travail :
confiance, autonomie et soutien.

Alors, merci Manitoucool. Enfin la normalité. Enfin le plaisir de travailler. Enfin des rapports humains au travail normaux (parce que c'est quoi cette schizophrénie d'être différent au travail qu'à l'extérieur sous prétexte qu'on est Grand Chef ou Petit Chef ?).

Je vais donc invoquer les esprits vaudous, Sainte Rita, mon Ange Gardien et tous les autres pour que cela dure le plus longtemps possible !

Posté par Miss Line à 22:21 - Je suis une bande de jeunes - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1