15 septembre 2005

Les années Noir Désir

Une affiche me saute aux yeux. Sobre. Un fond noir, deux mots rouge sang : "Noir Désir". Un peu plus bas "sortie prochaine du CD et DVD live".

Cela me laisse perplexe.
Cela me propulse une quinzaine d'années en arrière.

Je me souviens de cette période lycéenne où j'apprenais la conscience politique. On lisait Charlie Hebdo à 15 au café du coin. Le Gnome. On refaisait le monde. Détestait Pasqua.
Je trainais mes savates avec mes lourdes Doc Martins coquées, mes sempiternels jeans et des pulls d'homme trois fois trois grands.
J'écoutais déjà tout type de musique, mais à cette période, je me suis laissée apprivoiser par les guitares de Clapton, Steeve Ray Vaughan, Jeff Healey.. Mais ne me lassais pas non plus des Cure et autres Depeche Mode. De la musique française aussi : la Mano Negra, Renaud et Noir Désir.
J'avais besoin quelques fois de crier ma rage par le biais de la voix de Bertrand Cantat qui hurlait dans mon walkman. Je me reconnaissais dans ses textes "nous les écorchés vifs..".
Je suis allée les voir en concert, au "Transbordeur". Je ne garde que de vagues souvenirs : un brassage effreiné dès les premières notes de guitares : j'ai traversé la fosse portée par le mouvement et me suis retrouvée par terre, surprise de ces secondes échappées. Je n'ose plus faire la maligne, je m'écarte un peu, pour apprécier la musique et non pour me prendre des coups de points dans le ventre de colosses aux tee-shirt noirs et à la Kro à la main. Je me souviens d'une image de gens allongés par terre, qui n'étaient plus dans la salle de concert, qui n'écoutaient plus la musique, qui étaient inertes par dose extrêmes de diverses drogues. Et moi, sous les néons bleus, cette image apocalyptique m'a glacée. Lesquels étaient encore vivants ? Les colosses les enjambaient régulièrement, sans même les regarder, pour aller se chercher une autre bière.
Je me suis sentie trop jeune à ce moment-là.
Et le lendemain, par je ne sais quel stratagème, j'ai séché les cours pour assister à une conférence de presse qu'ils faisaient à propos de leur tournée. Il a fallu faire du charme au vigile pour passer. Mais, petite souris maligne, j'ai réussi à me faufiler.
Je les voyais à peine, dans la foule. J'apercevais parfois le regard pur de Bertrand Cantat, mais je buvais ses paroles comme du petit lait. Il ne parlait pas musique, mais conscience politique.
Je me souviens de ses paroles lorsqu'il disait que rire d'une blague sur les arabes, c'était déjà un pas dans le racisme.  Cela m'est resté.

Plus tard, Noir Désir à pris une route et moi une autre. Je n'ai plus trop suivi ce qu'ils faisaient. C'était soit "trop commercial" soit trop "obscure". Et ma rage a dû s'estomper ou se manifester autrement, je ne sais plus.
Mais les rares apparitions du chanteur me confortaient dans cette inflexibilité, cette justesse dans son engagement politique.

Et un soir, sur l'autoroute qui me ramenait de Normandie, il y a deux ans je crois, j'entends à la radio le drame de Vilnius. Un monde s'écroule. Je ne comprends pas. Je ne pardonne pas.

Alors, je n'ai plus écouté de chanson de Noir Désir. Je laisse cet homme purger sa peine. Réfléchir sur son acte criminel. Mais, même si Noir Désir, c'était un groupe, je ne pourrais ni acheter ni télécharger un live de la période "d'avant". La voix de l'homme que j'admirais n'est plus la même aujourd'hui. Et moi j'ai grandi.

En me remémorant ces souvenirs d'adolescence, je  croise des petites lycéennes. Toutes lookées habilement pour faire la Star'Ac. Et je me demande ce qu'elles ont dans leur tête, quelle musique les fait vibrer, si de mêmes émotions les envahissent.
Je me sens décalée. Loin de cette génération que je tente d'observer mais qui m'échappe.

Posté par Miss Line à 19:17 - - Commentaires [9] - Permalien [#]


Commentaires sur Les années Noir Désir

    Eh bien !

    Je ne soupconnais pas cette "rage" d'ado ....
    Noir Désir, je n'ai jamais écouté, je n'ai de Bertand Cantat que cette image d'après Vilnus et peut être un flou "rebelle" avant ....
    Tu sais, à chaque génération, les ados vivent des choses différentes, moi je ne me reconnaissais les textes de Goldman ou de Cabrel , lol ! Un peu flower power sur les bords mais aujourd'hui comme hier, les lycéennes vivent des émotions, aiment ou détestent ...

    Posté par shopgirl, 15 septembre 2005 à 22:57 | | Répondre
  • ...
    Je t'ai lue la bouche ouverte. Parce que le texte est magnifique, pour avaler tes mots qui résonnent en moi.

    Posté par Jeanne, 16 septembre 2005 à 08:52 | | Répondre
  • euh.. merci... et moi qui suis en panne sèche d'inspiration ces jours-ci, je prends !
    et puis moi aussi j'écoutais Cabrel à l'époque (les nouvelles églises : me fait pleureur systématiquement !)

    Posté par Miss Line, 16 septembre 2005 à 09:08 | | Répondre
  • "La Parenthèse Enchantée "

    Soit le contexte socioculturel , soit le tempérament furent extrèmement différents
    Mais , au même âge je n'ai pas connu de période " rebelle" la vie était belle , surprenante , pleine de promesses
    y'avait sûrement quelques problèmes puisqu'une génération cassait des pavés dans les quartiers estudiantins de Paris.Pour ce qui me concerne ça me passait au-dessus de la tête,aucune conscience politique.
    Je n'ai vu que l'appréciable possibilité de sécher les cours pendant des semaines et de passer les journées à écouter de la musique avec les copains
    et c'était :
    Joanne BAez
    Bob dylan
    Les Beatles
    Peter Seeger ( le fameux " we shall over come " )
    ( bon OK on avait bien dans nos chambres accrochées au mur des affiches contre la guerre au vietnam )
    C'est pas une légende on avait bien des fleurs dans les cheveux ( enfin moi ,style Anémone dans je ne sais plus quel film )et des pantalons à fleurs .
    Les flirts et plus " si affinité " ne posaient aucun problème , en plus la pilule allait bientôt arriver sur le marché .
    L'amitiè était notre moteur , et nous étions sûrs de créer un monde différent de celui de nos parents
    bien évidemment plus cool , moins agressif ,
    où la fraternité serait le nouveau moteur
    On connaissait par coeur , les paroles des chansons de Reggiani ou de Moustaki :

    " Viens écoutes ces mots qui vibrent sur les murs du mois de Mai,
    Ils nous disent la certitude que tout peut changer , un jour ...... "
    Le temps de vivre (moustaki )

    Il est certain que nous n'avons pas tenu nos promesses
    PARDON

    Posté par Cassiopée, 16 septembre 2005 à 09:22 | | Répondre
  • Moi "du temps de mon adolescence" il y avait des gens qui s'habillaient à la manière star'ac d'aujourd'hui. Ce qui ne m'empéchait pas de traîner avec mes potes "rocksteady" , "psycho", "scalp" ,"red" (comme ces termes me paraissent loin...). Je pense que si nous aurions 17/18ans aujourd'hui mademoiselleLine, nous serions peut-être "gothique", "electro",... qui sait ?
    Quand à Noir désir, je l'ai vu à la fête de l'huma il y a 10ans. C'etait super, mais rien ne vaut les groupes anglais/us équivalents de l'époque (happy mondays, nine inch nails, etc...)

    Posté par jerome, 16 septembre 2005 à 09:32 | | Répondre
  • Cassiopée : merveilleux texte et merci pour cette découverte d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître... c'est si important de connaître les gens qui nous sont chers et proches ...
    A quand un blog de Cassiopée : j'attends avec impatience

    Jérôme : euh, oui, je pense que je serais plus gothique ou keupon que Star'ac si j'avais 18 ans aujourd'hui. Et nous avons visiblement des goûts musicaux similaires.

    Posté par Miss Line, 16 septembre 2005 à 11:48 | | Répondre
  • Non parce .......

    Oui je sais ça démarre mal ( mais ça finit bien )

    trop de désordre dans ma tête .
    logique , raison , pragmatisme , rêverie dans d'autres domaines O.K
    Mais pas de rigueur pour un blog
    impossible de m'astreindre , chez moi à une demande quotidienne , à une structure , à une attente , à une demande .
    Mais chapeau aux autres
    En fait je suis un voyeur , un profiteur
    je consomme sans passer par la caisse .
    Je profite à plein tube de cet espace de libre-arbitre au milieu du chaos .
    Et comme le di (sait )si bien
    GANDHI :
    " La civilisation au vrai sens du terme ne consiste pas à multiplier les besoins , mais à les limiter volontairement .
    C'est le seul moyen pour connaitre le bonheur et nous rendre plus diponibles aux autres "

    CECI n'ayant rien à voir avec cela ,
    comme d'hab !!!!!
    mais texte affiché sur la devanture d'une librairie , découverte le nez au vent
    donc je partage .

    moralité : avoir toujours sur soi un bout de papier et de quoi écrire
    plus un sourire , ça ne fait de mal à personne.

    Posté par Cassiopée, 16 septembre 2005 à 14:48 | | Répondre
  • alors là...

    je n'ai plus rien à ajouter.

    Posté par wonderwomette, 16 septembre 2005 à 17:50 | | Répondre
  • Je partage les mêmes souvenirs de ceux qui ont cassé les pavés avant cassiopée...
    N'empêche que le drame de Vilnius, je me le suis pris fort, trop fort dans le coeur.
    Tout ce qui est violence envers les enfants ou les femmes je ne peux m'empêcher de me sentir concernée...
    Et puis Marie, par beaucoup de côtés, elle est ma soeur. J'ai acheté le livre de sa mère. Au delà de la haine qu'elle peut ressentir, ce livre est un déchirant cri d'amour à sa fille. Elle ne l'oubliera pas. Moi non plus.

    Posté par ilescook, 17 septembre 2005 à 02:00 | | Répondre
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